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BonPlan N° 100 Avril - Mai 2008

Fille de Mai
Par Marie Guyard

C'était le printemps et c'était il y a 40 ans...

Devant le foisonnement d’émissions télé ou radio, de dossiers spéciaux, de témoignages, il est quasiment impossible d’écrire quelque chose de neuf. Alors, je me suis dit que, sans chercher à être originale, c’est peut-être l’occasion de vous livrer une réflexion toute personnelle : mon bilan de Mai 68.
Car, autant l’avouer tout de suite, je fais partie des enfants de ceux qui ont « fait » 68. Avant ÇA, ils ont connu dans leurs jeunes années la métamorphose des classes ouvrières qui accèdent à la maison avec jardinet, à la cocotte-minute et au Formica. Pourtant, si leur situation avait changé, la société piétinait. Je rappelle en passant que jusqu’en 1965 la femme était considérée comme mineure, que la pilule est restée interdite jusqu’en 1967, que les femmes en pantalon étaient des filles de mauvaise vie.
En mai 1968, nos parents décident d’attendre de la vie un peu plus qu’une batterie de Tupperware. Accompagnés d’une grande partie de la jeunesse, des classes ouvrières et des intellectuels, ils donnent un grand coup de pied dans tout ça. Résultat : grèves, occupations, et la plus grande révolte sociale de l’après-guerre. Et même si la société ne change pas du jour au lendemain, c’est un grand bol d’air frais.
Ils entament alors leur vie d’adulte, forts de leurs aspirations, et persuadés que, grâce à leur génération, le meilleur est pour demain. Un bonheur n’arrivant jamais seul, ils donnent le jour à de magnifiques bébés, tout en n’oubliant pas de tutoyer le gynéco aux cours d’accouchement sans douleur. La légende veut que ma mère, à peine remise de ses efforts et la clope au bec (c’est une autre époque !), m’ait portée jusqu’à sa chambre en marchant sur ses deux jambes ! Le symbole est là, la Femme est debout, bien décidée à prendre son destin en main.
En parlant de destin, ils rêvent pour leurs enfants d’horizons grandioses. Pourtant, devenus adolescents, nous hésitons : contre quoi nous révolter quand nos parents ont fait LA révolution ?

Incapables de trouver un combat qui nous appartienne, nous rêvons de gloire et de pouvoir, et notamment d’être très riches « pour ne pas être à la solde d’un patron ». Paradoxe ultime des enfants de soixante-huitards qui rêvent de contrôler la Bourse.

Pour ma part, et la vie étant ce qu’elle est, je me suis retrouvée au RMI à 29 ans, à attendre encore ce fabuleux destin que mes parents m’ont un jour promis.
Et soudain, à l’heure du « travailler plus pour gagner plus », je comprends que je tiens là ma barricade : je ne veux pas être riche, je ne veux pas être célèbre. Je comprends également que je ne suis pas seule. Nous voulons vivre de peu, mais vivre beaucoup, gaiement, éperdument. Nous voulons travailler moins pour vivre mieux, ne pas avoir de 4x4, pouvoir essayer, changer d’avis, embrasser mille « carrières ».
Ce n’est certes pas un combat de génération, mais ces « révolutions minuscules » seront autant de pavés lancés dans la grande mare actuelle. Elles sont notre manière de reprendre le flambeau…

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