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BonPlan N° 93 Janvier - Février 2007

Les jeux d’argent
Par Patrick Poissonnier

Pour les Français, rêver de millions coûte des milliards.
Les chiffres donnent le vertige : dans les jeux d’argent, on parle plus souvent en milliards qu’en millions. Loto, PMU, Keno, Morpions, casinos, etc. Si ces jeux rapportent parfois de jolies sommes aux joueurs, c’est surtout l’État (et les entreprises auxquelles il délègue son monopole) qui touche le jackpot.

Depuis 25 ans, l’offre a explosé. Selon l’INSEE, les Français perdent 130 euros par personnes et par an aux jeux d’argent (ce chiffre a doublé depuis 1975) ; la proportion de joueurs ne cesse, elle aussi, d’augmenter, tout comme le chiffre d’affaires des entreprises du secteur. Celui de la Française des Jeux atteint 8,9 milliards d’euros pour 2005. On est loin des 43 millions d’euros de l’exercice qui a suivi le lancement du premier Loto en 1976.
Aujourd’hui, trois Français sur cinq jouent !
Mais ce petit plaisir ludique peut aussi se muer en véritable piège. Plusieurs experts, tel Marc Valleur (chef de service à l’hôpital Marmottan et spécialisé dans la dépendance) tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Ils évaluent le volume de joueurs addictifs ou pathologiques entre 1 à 2 % de la population française : « Le jeu ne crée pas seulement des problèmes de dépendance, il entraîne aussi une paupérisation des plus modestes. Beaucoup des personnes que je reçois me sont adressées par les services qui gèrent le RMI et les minima sociaux. Quand on touche le RMI, jouer 10 euros par jour, c’est jouer beaucoup d’argent. »
Même si cette forme de dépendance se soigne relativement bien, les dettes et les dégâts sur la vie personnelle et familiale peuvent être irrémédiables.
Toujours pour Marc Valleur, il faut bien faire la distinction entre les « jeux de rêve, où il faut attendre plusieurs jours pour avoir le résultat », et les « jeux à sensations avec un gain immédiat », avec lesquels on peut très vite perdre le contrôle.
Concernant les jeux de rêve, l’ethnologue Jean-Pierre Cormerais explique : « L’époque est révolue où l’on pensait devenir riche en travaillant toute sa vie. Dans l’esprit des gens, le jeu a pris le rôle virtuel d’un ascenseur social ».
Les experts marketing de la Française des jeux le savent bien et n’hésitent pas à nous vendre cette part de rêve que la société ne nous offre plus.
Concernant les jeux à sensations, un exemple particulièrement « réussi » de la Française des Jeux est le Rapido. La répétition mécanique des tirages toutes les 5 minutes, la convivialité plus ou moins sincère mais intéressée des patrons de bistrot, et la consommation d’alcool qui l’accompagne souvent, composent une potion détonante qui entraîne une dépendance ne relevant en rien du hasard.

Le saviez-vous ?
La France compte 1 détaillant de la Française des jeux pour 1 400 habitants. C’est plus que de bureaux de poste ou de boulangeries.

De son coté, l’État gagnant dans 100 % des cas avec 4,5 milliards d’euros de recettes par an, n’a pas ou ne veut par prendre la mesure de ce véritable problème de santé publique. Il n’a fait réaliser aucune étude épidémiologique sur le sujet, par contre il laisse se multiplier les offres y compris les plus addictives

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