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BonPlan
N° 93 Janvier - Février 2007
L’insoutenable mobilité
de l’être
Par Frédéric Sougey
L’homme,
cet animal mobile aurait pu écrire Aristote… ou cet
animal qu’on souhaiterait de plus en plus voir mobile devrais-je
plutôt dire. Car c’est bien un véritable diktat
qui est livré autour de l’amie mobilité.
Tout un chacun doit désormais être capable de se déplacer,
pour ses activités sociales, culturelles et surtout professionnelles.
Jean-Pierre Orfeuil, directeur du Centre de recherche sur l’espace,
les transports, l’environnement et les économies locales,
rappelait dans un récent numéro d’Actualités
Sociales Hebdomadaires* que « la capacité de mobilité,
et le plus souvent de mobilité autonome, est devenue un pré-requis
au même titre que lire, écrire et compter ».
Conséquence : elle est devenue à ce titre un facteur
de marginalisation. Ne pas être mobile aujourd’hui,
c’est se priver d’un atout considérable dans
la recherche d’un emploi.
Les transports en commun se développent certes continuellement
mais sont encore loin de répondre aux besoins des gens, aussi
bien en termes de lieux desservis qu’en termes d’horaires
de fonctionnement. Des aides ou associations comme Aid’auto
38** (qui loue des voitures pour 5 euros par jour afin de faciliter
l’accès à l’emploi) ont le mérite
d’exister et permettent de tutoyer temporairement ce fameux
état de « flexibilité ».
Mais il ne faut pas se leurrer ; la mobilité a un coût
que ne peuvent pas se permettre tous les budgets. Passer le permis,
avoir une voiture (20% des ménages en France ne possèdent
pas de véhicule automobile) ou ne serait-ce qu’en payer
l’assurance ou effectuer une réparation n’est
pas à la portée de toutes les bourses. Et encore je
ne vous parle pas du prix de l’essence… « Faire
cent kilomètres par jour équivaut à la différence
entre un SMIC et le chômage » relève Jean-Pierre
Orfeuil.
En outre, tout le monde n’a pas envie de quitter un environnement
à sa convenance pour partir « à l’aventure
». Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’on se complait
dans une situation de chercheur d’emploi. Mais la société
nous laisse-t-elle vraiment encore le choix ?
* ASH n° 2473, 13 octobre 2006
** Voir Le Bon
Plan n°90 juillet-août 2006
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