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BonPlan
N° 93 Janvier - Février 2007
Qui
veut la peau de Stendhal ?
Par Jean-Pierre Marotta
Pas la moindre affaire
à me fourrer sous le bec depuis des semaines, des années
peut-être…
Jusqu’à ce que le destin s’invite enfin à
ma porte… intrigante inconnue vêtue de rouge et noir,
qui par un pluvieux soir d’hiver, me chargea d’une enquête
décidément pas très nette…
- Stendhal est de retour en ville, commença-t-elle
d’une voix suave et musicale. Et il me le faut absolument…
Stendhal – prononcez « Standal »
pour épater vos amis – est né le 23 janvier
1783 à Grenoble, rue Jean-Jacques-Rousseau, à deux
pas de la Place Sainte-Claire. De son vrai nom Marie Henri Beyle,
c’est à la ville allemande de Stendal (sans h), jumelée
avec Grenoble en 1992, qu’il aurait emprunté son pseudonyme
; ce grand admirateur de Napoléon fut également fonctionnaire
impérial en Allemagne, nation de Goethe et berceau du romantisme
européen…
Le 7 juin 1788, il a 5 ans lorsqu’il entend gronder la journée
des tuiles, préambule de la Révolution française,
durant laquelle le peuple, trouvant le prix de la miche de pain
trop excessif, soulagea les toits de l’école centrale
de Grenoble en faisant tomber une pluie de tuiles sur la garde de
Louis XVI…
Dans son excellente autobiographie, Vie de Henry Brulard, Stendhal
règle ses comptes avec la ville ; il décrochera d’ailleurs
le 1er prix de mathématiques dans cette même école
qui porte aujourd’hui son nom, le lycée Stendhal, uniquement
dans le but de quitter cet « ignoble trou à fumier
» – peut-être à tout jamais…
Stendhal
reviendra pourtant à plusieurs reprises, et en 1830, il s’inspire
d’un fait divers jugé à la cour d’assise
de Grenoble 3 ans plus tôt, l’affaire Berthet, pour
écrire son chef-d’œuvre, Le Rouge et le Noir qui,
à l’époque, passe pourtant inaperçu.
Si le palais de justice a aujourd’hui déménagé,
la place Saint-André est, elle, toujours occupée par
le 2e plus vieux café français, fondé en 1739,
qui porte aussi l’empreinte de Choderlos de Laclos, auteur
des Liaisons dangereuses. Les deux hommes ne se croiseront jamais,
mais Stendhal pensera reconnaître à Voreppe, la Marquise
de Merteuil, perfide héroïne du roman épistolaire
de Laclos, en la personne de Mme de Montmaur (la fameuse mère
d’Agoult), qui lui offrait jadis des noix confites.
Au
jardin de ville, où Stendhal aimait se promener le soir venu
sous de superbes marronniers, son ancien musée est aujourd’hui
vide comme l’air – quelqu’un s’était
chargé d’effacer toutes les traces, on aurait pu manger
par terre…
C’est finalement en me plongeant dans la presse des derniers
mois que je retrouvai la trace de six cahiers ayant appartenu à
l’écrivain, et récemment acquis par la ville
de Grenoble, avec l’aide de quelques mécènes
et autres financeurs. Si Stendhal était bel et bien de retour,
je me disais qu’il aurait sans doute tenu à remettre
la main sur ces précieux documents…
Me voici donc à la bibliothèque Maréchal
Lyautey, où une exposition exceptionnelle lui est actuellement
consacrée. Stendhal est bien vivant ; mais si vous voulez
en profiter, c’est maintenant… car fidèle à
lui-même, il ne restera sans doute pas dans le coin bien longtemps
…
Stendhal, la révolte
et les rêves
Exposition (entrée libre) jusqu’au 31 mars 2007, du
mardi au samedi, de 13h à 18h
Bibliothèque municipale d’Etude et d’Information,
12, boulevard Maréchal-Lyautey – Grenoble
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