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BonPlan
N° 94 Mars - Avril 2007
Crise du logement
Par Patrick Poissonnier
Hiver 1954 : l’Abbé
Pierre lançait son désormais célèbre
appel en faveur des sans domicile. Pourtant, 50 ans après,
tout reste à faire.
Les SDF, les morts de froid font malheureusement
toujours l’actualité, et des phénomènes
d’un autre âge, ou que l’on croyait réservés
aux pays du tiers-monde apparaissent : bidonvilles en périphérie
des villes et travailleurs vivant dans leur voiture faute de mieux.
Au-delà du discours compassionnel des hommes politiques,
concrètement comment ont-ils géré cette crise
?
Comme partout, au nom de la sacro-sainte “
loi du marché ” censée réguler l’offre
et la demande, l’État s’est progressivement désengagé
du “ sujet ”. C’est ainsi qu’aujourd’hui,
l’effort de la collectivité (État, collectivités
locales et partenaires sociaux) est quasiment au plus bas depuis
30 ans. Pire encore, depuis 2002 l’état prélève
plus sur le logement sous forme de taxes et d’impôts
qu’il n’en redistribue sous forme d’aides.
Mais les ménages pas ou peu solvables n’intéressent
guère les investisseurs privés. Du coup, seul un quart
des nouveaux logements sont à des loyers abordables par les
deux-tiers des ménages les plus modestes. D’où
la pénurie persistante de logements sociaux et les files
d’attente qui s’allongent aux portes des HLM.
Mais si l’État ne faisait que se désengager...
Ces dernières années, certaines mesures ont plus contribué
à accentuer la crise qu’à la résoudre
:
• le nouvel indice de révision des loyers censé
limiter leur hausse se révèle pire que le précédent
(comme certaines associations de consommateurs l’avaient pronostiqué)
;
• la loi Robien censée « rendre le marché
locatif plus accessible à tous les Français »
dixit le ministre du même nom, n’a eu pour effet que
de tirer les prix vers le haut. Il faut dire que cette loi est une
véritable aubaine pour les investisseurs fortunés
puisque jusqu'à 65% du prix d’achat d’un logement
neuf leur est remboursé sous forme d’exonérations
d’impôts. Du coup, ils se précipitent tous pour
acheter, ce qui enflamme le marché ;
• quant au protocole Borloo censé limiter les expulsions,
il n’a pas empêché une augmentation de 40% des
jugements d’expulsion ces six dernières années
pas plus qu’une hausse vertigineuse de 33% en 2006 des recours
à la force publique. Comment pourrait-il en être autrement
? D’un coté, on assiste à l’explosion
de la précarité et à des salaires qui progressent
moins vite que l’inflation alors que les loyers, eux, augmentent
deux fois plus vite que cette même inflation.
Aujourd’hui, selon
la fondation Abbé Pierre, près de six millions de
personnes* sont en “situation de réelle fragilité”
vis-à-vis du logement.
Alors, plutôt que de chercher à limiter les conséquences
de cette crise (hébergements d’urgences, etc.), pourquoi
ne s’attaque-t-on pas aux causes du problème : pauvreté,
précarité et chômage d’une part et tarifs
pratiqués par les propriétaires d’autre part
? Il est vrai que cela exigerait une toute autre politique qu’aucun
des principaux candidats n’est simplement prêt à
envisager.
* Les chiffres du mal logement : mal-logement-chiffres.pdf
( extrait du site
de la fondation Abbé Pierre )
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