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BonPlan N° 95 Mai - Juin 2007

Lire et écrire pour décider de son existence
Par Danièle Lanfrey

Autrefois l’illettrisme était un sujet tabou qui suscitait peur et honte parmi les illettrés.

Les personnes ayant très peu fréquenté l’école dans leur enfance et leur jeunesse, ou ayant tout désappris par manque de pratique pouvaient vivre cette situation comme "une tare", un handicap infamant. Lorsqu’on est une personne illettrée, on peut souffrir du jugement d’autrui, de son isolement, de son ignorance et penser à tort que l’on n’est pas sur un pied d’égalité avec les autres personnes. Il arrive que l’on se sente exclu ; on peut ne pas se sentir épanoui.
On a le sentiment, à juste titre, de subir une frustration intolérable et on doit donner constamment le change quand par exemple, on contourne pour la énième fois la difficulté du document professionnel à remplir ou celle de la démarche administrative à accomplir.
En pareille situation, on n’ose pas, pourtant il existe des solutions…
La lutte contre l’illettrisme est l’une des priorités fondamentales pour nombre d’associations : on peut demander l’aide des travailleurs sociaux, des animateurs des missions locales, des conseillers de l’ANPE, des écrivains publics qui orienteront les demandeurs vers des organismes-ressources. L’illettrisme qualifie la situation de personnes scolarisées en France mais qui ne maîtrisent pas la lecture, ni l’écriture ni le calcul, des compétences de base indispensables pour être véritablement autonomes au quotidien.
En ce qui concerne l’agglomération grenobloise, on peut citer plusieurs structures engagées dans la lutte contre l’illettrisme : La Croix Rouge, L’Escale, Iris et Tip Top Emploi, entre autres.

La Croix Rouge s’adresse aux enfants illettrés.
L’Escale accueille des adultes, scolarisés en Français dans leur pays d’origine ou en France.
•Les populations immigrées ou d’origine étrangère sont orientées vers Tip Top Emploi, pour un apprentissage au plus près des besoins.
•Solange, à l’Escale, encadre avec bonheur des groupes de stagiaires et propose successivement à chacun un soutien individuel au terme d’un tour de table complet.

En 1999, La Croix-Rouge a mis en place un accompagnement scolaire pour venir en aide aux réfugiés du Kosovo dont les enfants rencontraient des difficultés d’apprentissage à l’écrit en français.
Ces enfants ont été ainsi regroupés pour y suivre des cours de français en compagnie d’un formateur individuel qui tenait lieu de professeur particulier et qui reprenait avec eux le programme scolaire.
Quelques années après, l’expérience s’est poursuivie auprès des enfants d’origine étrangère, dont les parents ne pouvaient pas, pour certains, apporter une aide aux devoirs. La salle de réunion de la Croix-Rouge comporte seulement 19 places (pour 12 élèves et 7 formateurs). C’est donc dans un cadre chaleureux que les enfants sont accueillis et dans le respect de la culture de chacun. Les formateurs suivent les enfants issus essentiellement du primaire sur une période de cinq ans. L’élève la plus âgée est actuellement en classe de cinquième.

Lorsque l’on est adulte, on peut avoir recours au centre de formation l’Escale, quand on a effectué ses études en France ou bien, si l’on a été scolarisé en français dans un autre pays.
On peut vivre cette situation, par exemple, pour avoir rencontré des problèmes sociaux, des difficultés familiales, etc.
On peut appartenir à un milieu défavorisé et dans certains cas, avoir connu la DDASS. Dans ce cas on a moins de chances d’émerger de ses difficultés, si on ne bénéficie pas de l’accompagnement d’un formateur.
Il n’est vraiment pas aisé pour un illettré de décider d’une démarche auprès d’un travailleur social : on éprouve de la honte mais aussi de la culpabilité puisque la maîtrise de la langue maternelle et l’apprentissage de l’écriture, en particulier, sont des connaissances acquises habituellement dès la classe de Cours préparatoire pour l’ensemble de la population française.
Dans le cas de l’illettrisme, ces savoirs n’ont jamais été acquis ni vraiment assimilés car les apprentissages passés se sont avérés trop fragiles, ce qui peut expliquer qu’émerger de ces difficultés est compliqué.
Il y a évidemment des difficultés d’apprentissage liées à l’âge adulte : il est toujours moins aisé d’intégrer des connaissances, une fois passée la première jeunesse. De plus, dans la mesure où l’on ne possède aucune qualification, on peut se retrouver très éloigné de l’emploi car on n’a pas pu acquérir de formation.

C’est une situation que l’on ne peut dissimuler longtemps au regard d’une société soucieuse de performance, caractérisée notamment par le recours aux technologies de pointe, et par l’utilisation de supports écrits.
Si l’on veut élargir ses possibilités de choix, alors on doit impérativement avoir des compétences de base essentielles pour son épanouissement personnel.
Le stagiaire "se métamorphose littéralement" et exprime une personnalité plus riche, plus complexe au fur et à mesure de sa fréquentation de l’atelier des écrits.
Dans cette situation, on reprend confiance en ses propres capacités d’autant que la formation proposée est vivante et adaptée à sa maturité psychologique.

Comment ne pas exprimer son admiration face à l’intelligence, au courage et à la ténacité des stagiaires qui incarnent des pionniers dans leur apprentissage de la langue française. Ils construisent leur autonomie à mesure qu’ils découvrent avec enthousiasme un nouvel horizon linguistique, et par conséquent, un horizon culturel original et insoupçonné !

Quelques données chiffrées :
L’illettrisme concerne statistiquement 20% de la population française (soit 12 600 000 personnes). Or, actuellement, 50 000 personnes seulement sont en formation.
Plus de la moitié des illettrés ont plus de 45 ans car par le passé, il était difficile pour certains adolescents de poursuivre des études et on pouvait intégrer la vie active dès l’âge de 14 ans.

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