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BonPlan
N° 95 Mai - Juin 2007
Lettre Ouverte
Par Marie Guyard et Patrick
Poissonnier
Dans le cadre d’une
démarche participative, le conseil général
de l’Isère a recueilli la parole de Rmistes dans un
contexte très libre puis a rassemblé ces témoignages
dans un petit film. Deux rédacteurs du Bon Plan ont été
invités à sa projection, suivie d’un débat
avec des professionnels de l’insertion.
Visiblement, une grande incompréhension subsiste.
En effet, il ressort de ces témoignages
une appréciation très critique, parfois perçue
comme violente, des Rmistes vis-à-vis des professionnels
chargés de les aider.
Quant aux professionnels, certains semblent découvrir cette
réalité. Comment expliquer cette incompréhension
mutuelle ? La bonne volonté des travailleurs sociaux pour
nous aider ne fait aucun doute : alors pourquoi tirer sur l’ambulance
?
Peut-être parce que nous, Rmistes, la tête juste (?)
hors de l’eau, avons des attentes qui dépassent largement
les moyens d’actions ou même les missions des travailleurs
sociaux. Ils peuvent certes nous guider dans les démarches
administratives, afin d’obtenir une aide, mais ils n’inventeront
pas les emplois qui manquent. Du coup, souvent derniers contacts
avec les institutions, ils se retrouvent en première ligne
et recueillent toute notre amertume.
La violence des propos de certains Rmistes est
peut-être aussi une réponse face à la violence
du système à notre égard : il nous refuse une
place (et aujourd’hui il faut peu de chose pour rester sur
le carreau) pour ensuite nous renvoyer une image d’incapable,
d’assisté et de profiteur. Comment pourrions-nous rester
“zen” face à cette situation ? Nous ne sommes
pourtant pas les seuls “assistés” : sans chercher
à faire une liste exhaustive, allocations familiales ou exonérations
de charges et autres aides à l’installation des entreprises
sont d’autres formes d’assistanat ; néanmoins
seuls les Rmistes sont stigmatisés.
Certains travailleurs sociaux ne participent-ils
pas eux aussi à cette stigmatisation ? Il est toujours très
difficile de rester totalement hermétique aux discours dominants.
Il ne serait pas surprenant que certains travailleurs sociaux, à
leur corps défendant, véhiculent plus ou moins ce
même regard culpabilisateur. Sans compter qu’ils se
suivent, s’enchaînent. À chaque fois, il faut
expliquer, encore et encore. C’est usant, culpabilisant, toujours
devoir se justifier...
Cela n’aide pas, bien au contraire, à retrouver cette
confiance en soi si nécessaire lorsque, enfin, on se retrouve
devant un employeur pour un entretien d’embauche. C’est
un effet pervers : parfois, on nous fait tant répéter,
on nous enveloppe d’une aide si maternante, qu’au final,
il est plus facile de se laisser enfermer dans un rôle d’éternel
mineur ou d’incapable, et on arrive à un résultat
totalement opposé à celui escompté.
Loin de nous l’idée de faire une analyse
globale : notre “analyse” reste ce qu’elle est,
basée sur notre propre expérience de Rmiste. Nous
serions très curieux, et même heureux de connaître
votre avis, que vous soyez Rmistes ou travailleurs sociaux, actuels
ou passés.
Nous avons la chance d’être
dans un département pilote, où le conseil général
accorde de l’importance à ces questions : alors engageons
le dialogue : n’hésitez pas à nous écrire
ou à nous envoyer des mails par le biais de notre site.
site@lebonplan.org
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