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BonPlan N° 96 Juillet - Août - Juillet 2007

Le monde ne suffit pas
Par Jean-Pierre Marotta

S’il veut rester lui-même, notre pays a besoin de profonds changements.

N. Sarkozy

Le pouvoir, ça donne des ailes – on en oublierait presque les lois gravitationnelles… D’ailleurs, quand Nicolas Sarkozy posait aux côtés de George W. Bush, l’année dernière à Washington, la photo montrait déjà un petit Nicolas grandi d’une bonne quinzaine de centimètres, pour l’occasion – bonjour les talonnettes…

Quoi qu’il en soit, notre homme rêvait de devenir président depuis l’âge de 8 ans, et il a longtemps serré les dents en attendant ce moment. Alors tandis que le parti Socialiste se livrait une guerre intestine, il prenait habilement possession du petit écran, menant tambour battant une campagne médiatique sans précédent… La France a massivement voté, le verdict est tombé : 5 ans ferme – et je crois bien qu’on a paumé les clés.

Demandez le programme (et gardez-le)…

Le bouclier fiscal
N. Sarkozy l’avait annoncé : « Nul ne paiera au fisc plus de la moitié de ce qu'il a gagné ». Cette mesure, estimée à plus de 800 millions d’euros par an, devrait bientôt favoriser environ 200 000 contribuables (qui pouvaient être imposés jusqu’à 60% de leurs revenus) parmi les plus aisés, bien entendu. Si vous pensiez que ce projet allait vous concerner, il faudra repasser. Mais consolez-vous malgré tout : Johnny va enfin pouvoir lâcher ses skis pour rentrer au pays – on n’a pas fini de le voir pousser la chansonnette pour nous fourguer des lunettes.

Un nouveau Traité sur la Constitution Européenne (TCE)
Le 29 mai 2005, la France rejoignait les Pays-Bas en votant majoritairement contre le TCE de Valéry Giscard d’Estaing ; une bafouille hautement indigeste (485 pages pour la version en ligne), franchement libérale, et surtout difficilement révisable. Si 55% d’entre nous avaient refusé ce traité, N. Sarkozy a finalement l’intention de l’imposer – dans une version plus courte, au bon peuple français ; il n’y aura donc pas de referendum cette fois-ci – ça, c’est de la démocratie…

La TVA sociale
La TVA est aujourd’hui l’impôt le plus injuste qui soit ; aucune distinction en effet, quand nantis et démunis paient leur baguette de pain au même prix. Les 10% les plus pauvres des ménages français voient ainsi 8,1% de leurs revenus renflouer les caisses de l’État, contre seulement 3,4% pour les 10% les plus aisés. La TVA sociale consistera à augmenter les taxes sur les produits étrangers, pour financer la protection sociale tout en favorisant les entreprises françaises. Cette mesure permettra d’équilibrer les finances de l’État, qui comptait justement baisser les charges patronales ; aubaine inespérée, financée donc avec le porte-monnaie des Français – il fallait y penser. Il ne restera donc plus qu’à espérer que nos chères entreprises en profitent pour baisser leurs prix, afin qu’on puisse enfin remplir nos caddies ® – on peut toujours rêver.

« Travailler plus pour gagner plus »
Encourager les heures supplémentaires en promettant des lendemains qui chantent, il y avait vraiment de quoi faire saliver les 7 millions de travailleurs pauvres en France – ceux qui se lèvent tôt tous les matins pour mériter leur cassoulet. Mais ce sont encore une fois les patrons qui vont aimer ça. Totalement exonérées de charges patronales, ces heures sup’ leur coûteront désormais moins cher que les heures classiques… Ceux qui hésitaient donc à embaucher n’auront plus à tergiverser, préférant sans doute surcharger leurs employés ; un bon moyen d’enterrer définitivement les 35 heures. Les chômeurs apprécieront…

La prochaine fois, on vous parlera des banlieues, des peines plancher et du 2e porte-avion. D’ici là, vous pouvez continuer de regarder la télévision…

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