Accueil
Qui sommes nous?
Pratique
Coups de projo
Reportages
Anciens numéros
Coups de coeur
Vie locale
Recherche
BonPlan 2008 BonPlan 2007 BonPlan 2006      

BonPlan N° 98 Décembre 2007 - Janvier 2008

DEMAIN NE MEURT JAMAIS ?
Par Marie Guyard, Raphaël Ollivier-Pallud

… N’en déplaise à Monsieur Bond, James Bond, le spectre de la pollution a une longueur d’avance et les armes,
même secrètes, de tous les Grenelle de l’environnement n’y pourront rien changer.

Révolution ou évolution

Pétrole : Changeons d’ère

Développement, ça veut aussi dire évolution…

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?


Révolution ou évolution
Par Marie Guyard, Raphaël Ollivier-Pallud

Combien de fois a-t-on entendu : « Quoi ! Vous êtes pour la décroissance ? Vous voulez retourner au Moyen Âge, vous éclairer à la bougie ? » de la part de personnes imaginant les défenseurs de cette cause comme d’obscurs ascètes.

Alors éclairons notre lanterne, la décroissance c’est quoi ? Ce n’est ni un dogme politique, ni un modèle économique mais plutôt un slogan ou, selon le politologue Paul Ariès, un mot « obus » visant à nous faire réagir. Tous les jours (ou presque), on entend dans les médias que la mollesse de la croissance est la source de tous nos maux. De leur côté, les partisans de la décroissance tentent de montrer qu’une croissance infinie est impossible dans un monde fini.

Remontons un peu le temps, jusqu’en 1972, où le Club de Rome (composé d’économistes, de philosophes, d’industriels…) publie le rapport Halte à la croissance ?, suivi en 1974 de Sortir de l’ère du gaspillage : demain. Ces deux rapports ont posé les bases du mouvement de la décroissance, thèses aujourd’hui défendues par des économistes, des philosophes, des intellectuels tels que Serge Latouche ou le journal La Décroissance (disponible dans tout bon kiosque).

Le constat est simple, la course effrénée à la production entraîne un épuisement des ressources énergétiques, la raréfaction de nombreuses ressources primaires (cuivre, acier, etc.), la dégradation de l’environnement…
La solution est de sortir du consensus actuel sur les bienfaits de la croissance économique, en lui substituant une diminution de la production et de la consommation afin de respecter le climat, l’écosystème et les êtres humains.


Le développement durable, lui, contrairement à son compère la décroissance, est un concept en vogue. Un peu trop d’ailleurs pour qui voudrait se faire une idée précise de sa définition. Heureusement, une « définition officielle » existe depuis le rapport Brundtland publié par la Commission mondiale sur l’environnement en 1987 : il y est dit que le développement durable « répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Le rapport précise ensuite qu’il faut se concentrer sur les « besoins essentiels des plus démunis » et sur les « limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ». En gros, il faut arrêter de tirer sur la corde planétaire, sans quoi elle finira bien par rompre.

Le développement durable s’accompagne de plus en plus souvent de deux autres idées, également à la mode :
• le capital naturel, c’est un peu le stock de la planète, qui se renouvelle très très lentement ; il faut puiser dedans raisonnablement, parce que les mines de cuivre ou les nappes phréatiques sont difficiles à trouver en magasin ;
• l’empreinte écologique qui permet de montrer que notre mode de vie, s’il était étendu à tous, épuiserait la Terre en moins de deux. Pour exemple, si tout le monde vivait comme vous ou moi, petit occidental raisonnable, nous aurions besoin de pas moins de trois planètes (or, à moins que le capitaine Kirk ne revienne de ses explorations intersidérales porteur de bonnes nouvelles, nous ne les avons pas).

 

Haut de page


Pétrole : Changeons d’ère
Par Raphaël Ollivier-Pallud

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste. » Kenneth E. Boulding, économiste.

Nous savons depuis quelques siècles déjà que la terre n’est pas plate. Combien de temps nous faudra-t-il pour comprendre que les ressources qu’elle contient sont en quantité finie ?
Or, pour obtenir de la croissance économique, il faut augmenter la production et donc augmenter la consommation de matières premières et d’énergie (qui sont en quantité limitées).

Prenons l’exemple de l’or noir, source de toutes nos richesses. Dans les décennies à venir, il portera d’autant mieux son surnom qu’il deviendra plus rare que le plus précieux des métaux. Notre mode de vie moderne est basé sur ce liquide visqueux : c’est une source d’énergie peu onéreuse, mais également une matière première dans l’industrie chimique, l’agriculture, les plastiques… Sans pétrole bon marché, point de croissance.
Comme toute ressource finie, la production pétrolière commence à zéro et finit à zéro. Entre les deux se situe un pic de production après lequel elle tend inéluctablement à décliner (à peu près quand la moitié des réserves a été exploitée). À partir de ce moment, les prix augmentent rapidement et la pénurie s’installe, car l’offre ne peut plus suivre la demande. Ce qui ne saurait tarder.
Nombreux sont ceux qui soutiennent que le problème sera résolu grâce au génie de l’être humain, qu’il trouvera d’autres sources d’énergie. Mais le charbon, le gaz naturel ou l’uranium vont subir le même sort. Tout comme les autres matières premières (minerai, cuivre, nickel et or), ils sont de plus en plus rares. Du côté du renouvelable, les ressources (eau, bois…) sont exploitées trop rapidement et subissent un déclin alarmant. Quant aux autres formes d’énergies (solaire, éolienne…), leur coefficient énergétique (énergie dépensée divisée par l’énergie fournie) est bien trop faible pour répondre à nos besoins actuels.

La terre ne peut supporter cette croissance, et elle nous le fait de plus en plus savoir : changement climatique, disparition d’espèces, pollution ; la croissance ne peut être ni soutenable, ni durable, elle est tout simplement absurde.

Sans vouloir tomber dans le pessimisme le plus noir, seules deux solutions s’offrent à nous : soit on agit à temps et on envisage une société de décroissance soutenable, soit on fait comme si de rien n’était et on attend la chute.

 

Haut de page


Développement, ça veut aussi dire évolution…
Par Marie Guyard

Ce n’est pas parce qu’on ne révolutionne pas,
qu’on ne va pas dans le bon sens…

Le développement durable, c’est surtout une prise de conscience générale que les ressources, comme l’explique si bien mon voisin, ne sont pas inépuisables, conscience aussi de la fragilité de certains équilibres et des dégâts que l’homme a pu causer à l’écosystème. Alors certes, le terme de développement durable peut être galvaudé, utilisé opportunément par des industries pas très propres et des politiques en manque de soutien « vert », mais est-ce une raison pour jeter ce beau bébé (et toutes les initiatives qui en découlent) avec l’eau du bain ?

C’est une certitude, le développement économique et la croissance à tout crin épuisent à coup sûr les ressources de la planète. Mais d’autres développements que ceux prônés par les grands groupes industriels existent : depuis une trentaine d’années, l’économie sociale et solidaire fait son chemin, avec l’idée que rechercher le profit n’est pas une fin en soi et que l’être humain a d’autres aspirations que celle de consommer ; une autre forme d’économie se fonde sur le recyclage et le fait de donner une seconde vie aux objets au lieu d’en rester à une société du « vite acheté, vite jeté ».

N’en déplaise aux catastrophistes, le « développement » de ce type d’économies devrait pouvoir se poursuivre de manière plus durable.

 

 

Haut de page


Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Par Marie Guyard, Raphaël Ollivier-Pallud

Le développement durable est facilement assimilable à un oxymore (deux termes contradictoires). Aujourd’hui, le terme « développement » est directement lié à la croissance économique. De plus, il n’est jamais précisé ce que l’on développe, ni pour qui, ni jusqu’où. Un développement infini, aussi durable soit-il, dans un monde fini n’a par conséquent pas plus de sens qu’une croissance infinie.
Du côté de la décroissance, on trouve deux tendances :
• ceux qui prônent la « simplicité volontaire » encourageant à produire, travailler, dépenser et consommer moins. Mais ce comportement a peu de chance de se généraliser car « il se heurte à la toxidépendance de la drogue consumériste » (S. Latouche) ;
• ceux qui proposent l’autoproduction et l’échange selon le principe du don. Cette solution paraît plus réaliste même si un changement de mentalités est indispensable et ne peut s’intégrer que dans un projet politique d’ensemble.

Il ne reste plus qu’à tous se retrousser les manches, à travailler moins pour gagner moins et consommer moins.

Haut de page



Ligne éditoriale : Anne-Francoise Bône
Webmaster : Patrick Poissonnier - Graphisme et illustration : Jérémy Lamour
© 2003 lebonplan.org - Sauf autorisation, toute reproduction est strictement interdite
Les écrits engagent la responsabilité de leur auteur