Avec l'exposition Jours de Soleil, Vincent Gontier poursuit sa recherche autour des journaux, comprimés dans les « Compactus » ou consumés partiellement dans les récents « Dessins Brûlés ».

Depuis presque trente ans, Vincent Gontier sculpte des volumes de papiers journaux compressés par des pièces en acier.
« L’acier manufacturé enferme dans son étau les liasses de journaux invendus du Dauphiné libéré, parfois jusqu’à plus de 10 000 exemplaires, qui gardent leur format initial. Dépliés et repliés aux dimensions choisies par le sculpteur, puis contraints et corsetés de fer, les imprimés s’animent d’une vie nouvelle, semblant vouloir s’échapper de leur carcan » explique Laurence Huault-Nesme, Directrice du Musée Hébert.

La fusion des contraires

« C'est un jeu d'action et de réaction. L'action de l'acier provoque un développement du papier par l'effet de serrage autour des pièces d'acier, qui va créer cette espèce de fusion entre ces deux opposés pour faire un entier » explique l'artiste. « On sent la fragilité du papier parce qu'elle est révélée par le télescopage avec le métal.

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Ce paradoxe dégage énormément d'énergie, il donne à ressentir et à percevoir l'extrême fragilité du papier et son extrême résistance, presque son immuabilité. Avec le temps, ce papier va jaunir, tout comme on se flétrit, ces pièces agissent comme des marqueurs temporels ».

Avec « Compactus 2015 », Vincent Gontier crée trois colonnes imposantes en lien les unes avec les autres, correspondant aux jours des attentats de janvier. C'est la première de couverture qui est mise en avant à travers le jeu graphique créé par l'accumulation des tranches de couleur. La masse renvoie à la physique du corps tandis que la fragilité du matériau nous renvoie à celle de notre temps.

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Chaque œuvre est précédée de la réalisation d'un « croquis-sculpture », modèle réduit du projet, construit au 1/10e. Au fil du temps, ces pièces ont gagné leur autonomie et l'artiste les rassemble et les dispose en jouant sur l'accumulation et la variation pour inventer des paysages urbains.Thierry Dufrêne les qualifiait de « miniatures monumentales ». En effet, le petit objet intimiste se transforme en gigantesque gratte-ciel si vous l'observez hors-échelle. Ici encore, proximité et distance se font face.

Combustion et reconstitution

Depuis plusieurs années, Vincent Gontier s'est emparé du contenu du journal Le Monde en utilisant une technique bien particulière : « Je m'installe en plein soleil, ciel parfaitement dégagé, avec des lunettes de soudure et une loupe. Je repasse l'intégralité du texte ou des traits qui parcourent ma recomposition des photos de presse : au moment où le point incandescent de la loupe se pose sur le trait noir du dessin ou de l'impression, l'encre condensant la chaleur, le papier journal brûle instantanément ainsi que le papier support qui est derrière. J'obtiens ainsi une matrice et une empreinte. »

À la manière du scolyte, ce vers « typographe » qui se glisse entre l'écorce et l’aubier du bois en y développant tout un graphisme, le papier a été grignoté par le point incandescent de la loupe et le texte disparaît au profit d'une trace qui correspond à l'empreinte de chaque mot. « Je travaille à partir de sujets d'actualité qui ont un impact très fort et qui sont là parcourus en pleine lumière, j'aime ce contraste. »

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« Il y a un lien très intime avec le travail des « Compactus » : vous voyez le texte, vous ne lisez pas. Dans les « Compactus », vous voyez le journal, vous savez qu'il contient l'information, mais vous ne la lisez pas non plus. Le non-dit, le secret, la parole contenue font partie des racines de ce travail ainsi que le rapport à l'information et à la mémoire ».

Le voyage des mots

Avec la série des sept barques dressées vers l'espace, (inspirées des pirogues des Maoris en Nouvelle-Zélande), Vincent Gontier reprend la technique des phrases imprimées, puis repassées à la lumière du soleil pour être ensuite scannées et découpées au laser dans des plaques d'acier.
« Ces barques sont pour moi la traduction du rêve, de l'imaginaire, de cette aptitude à s'émouvoir, à se transporter, à quitter au moins momentanément les réalités de ce monde. »

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Témoignages de Maoris ou bribes de textes littéraires sont ajourés dans le métal de ces pirogues qui sont une invitation du départ : « Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous » peut-on lire sur l'une des barques qui contient aussi ces vers de Verlaine calligraphiés en arabe.

Une poétique du quotidien

Si les pirogues installées dans les jardins du musée évoquent une poésie immédiate, l'ensemble de l'œuvre de Vincent Gontier nous entraîne dans le sillage d'une poétique nourrie du quotidien, sublimant ces liasses de papier d'une actualité périssable, à travers des créations qui semblent vouloir arrêter le temps, figeant dans un étau ou en lettres de cendres notre fragile condition humaine.


20160114 gontier7Musée Hébert
Chemin Hébert, La Tronche
Téléphone accueil : 04 76 42 97 35
Site : www.musee-hebert.fr

Musée ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h
Jusqu’à 19 h les dimanches du 1er juin au 30 septembre inclus.
Fermeture les 1er janvier, 1er mai et le 25 décembre.

De l’autre côté (salles d’exposition temporaire) ouvert tous les jours sauf le mardi, de 14 h à 18 h.

Visites commentées sur demande
Entrée gratuite. Visite-conférence gratuite le 1er dimanche du mois à 15 h 30.

Dans le cadre de son exposition, rencontre avec Vincent Gontier
Jeudi 4 février à 18h30
Dimanche 3 avril à 16h30
Entrée libre dans la mesure des places disponibles

Pour connaître les prochaines présences de Vincent Gontier au Musée Hébert, consultez
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