En 1936, les ouvriers français découvraient les congés payés et partaient sur les routes découvrir une mer qu'ils n'avaient jamais vu qu'au cinéma. Symboles d'une révolution sociale et culturelle, représentations d'un bonheur ouvrier qui cachent mal la violence des combats syndicaux de l'époque, on voit également dans ces images l'apparition d'une tradition nationale : en juillet, et surtout en août, on se déplace !

On se déplace ou du moins on essaye, selon la longueur record des bouchons que l'on observe sur les autoroutes au cours des habituels chassés-croisés entre juillettistes et aoûtiens. Une actualité routière volontiers scrutée par les journalistes, qui constitue ce que l'on appelle dans le jargon journalistique un « marronnier » bien utile durant cette période creuse.

On critique alors volontiers ces transhumances touristiques ainsi que la manie persistante du « bronzer idiot », mais que faire d'autre finalement ? En ville, tout semble fermé ou désert. Radios et télévisions modifient leurs programmes pour se plier aux lois de la futilité, et les journalistes se concentrent sur quelques faits-divers qui, aussi tragiques soient-ils, n'auraient certainement pas eu autant de retentissement à un autre moment de l'année. Les sujets les plus graves eux-mêmes semblent s'effacer au profit du détail. Les nouvelles alarmantes de Fukushima ou les bombardements sauvages de civils en Syrie semblent n'avoir passionné personne.

Lève-toi et marche !

Pour les militants, et pour les politiciens, c'est encore plus difficile de faire parler de soi. Aussi, à l'image de ces millions de Français qui bravent les embouteillages sous un soleil de plomb, celui qui souhaite se faire entendre opte pour le déplacement. En été, c'est celui qui bouge le plus qui se fait attraper le plus facilement. Et rien ne sert de courir : la marche semble encore le plus court chemin du point A au point presse.

Alain Guézou, président de RSA 38, a courageusement pris la route, ainsi que nous en parlions avec lui la semaine dernière, pour se rendre à Paris à pied afin de remettre une lettre à François Hollande. Son initiative, que nous continuons à suivre avec intérêt, n'est cependant pas la seule. A l'image des pèlerins qui sillonnent l'Europe, d'autres ont opté pour la marche à pied comme moyen d'expression. Député du MoDem, Jean Lasalle parcourt ainsi la France depuis quatre mois « à la rencontre des Français » et surtout des journalistes qui soulignent l'originalité de sa démarche, encore plus écologique que le désormais fameux bus au colza de François Bayrou.

On apprend encore plus récemment que des militants opposés au mariage pour tous ont également lacé leurs chaussures en direction de la Capitale, se définissant comme des « veilleurs » qui désirent informer les personnes qu'ils croiseront de leurs revendications et de leur philosophie de la vie et de la famille.

A pied, à cheval, en voiture

Mais les membres de l'exécutif ne sont pas en reste. Si leurs déplacements se font plus en voiture, en train ou en avion, ils n'en ont pas moins profité de l'été pour parcourir des kilomètres et faire montre d'une mobilité remarquable. Manuel Valls se montre volontiers sur le terrain, se voyant reprocher de faire du Sarkozy, quand on lui aurait reproché son immobilisme dans le cas contraire.  On notera qu'Arnaud Montebourg, autre personnalité forte du gouvernement, est pour sa part beaucoup plus avare en déplacements durant ces deux mois estivaux. Un passage de relais entre les deux rivaux ?

Mais c'est à François Hollande que revient sans aucun doute le titre du Déplacé d'honneur. Jusqu'ici discret sur le terrain, privilégiant les rencontres internationales et les réunions de cabinets, ce qui changeait avec les habitudes de son prédécesseur, le Président de la République a clairement opté pour une stratégie de communication différente en ces mois de juillet et d'août. Les sondages calamiteux y sont-ils pour quelque chose, ou éprouve-t-il le besoin de revenir au contact des Français ? Toujours est-il qu'il s'est chargé avec ardeur de défendre par l'exemple les mesures prises par son gouvernement, en particulier autour de l'emploi.

A Clichy-sous-bois pour promouvoir les emplois francs, à Dunkerque pour mettre en relief les contrats d'avenir, parrainant lui-même à chaque fois les signatures sous les objectifs des caméras et des appareils-photos, François Hollande donne l'impression d'aller chercher l'inversion de la courbe du chômage promise pour la fin de l'année 2013 à mains nues, tout en faisant un détour par la Vendée pour parler emploi, ou Marly-le-Roy pour discuter innovation. On n'aura pas vu François Hollande autant sur les routes depuis sa campagne.

Les vacances du pouvoir

Et cette semaine, le voici qui part en vacances et confie les clés de la République au Premier Ministre, le but affiché étant d'éviter une « vacance du pouvoir » qui, pour autant, ne risquait pas de plonger le pays dans le chaos, mais aurait sans aucun doute donné une image désastreuse de l'action gouvernemental et aurait déclenché les railleries de l'opposition. Jean-Marc Ayrault a immédiatement fait savoir qu'il allait... se déplacer. Et il n'a pas tardé à le faire, présent de très bon matin dans les Yvelines le mardi matin pour parler pénibilité du travail et retraite.

Pendant que les ministres en vacances ont été invités à choisir des destinations de repos à proximité de la Capitale. Ainsi, Geneviève Fioraso, respectant la consigne à la règle, se repose en Savoie, à moins de deux heures en avion de Paris. Il en va de même pour ses confrères et consœurs, pouvant être convoqués à tout moment si l'actualité le nécessite. La valise toujours prête. En cas de déplacement.

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