Il est des idées reçues, des opinions et des préjugés qui se répandent et vont croissant. C'est ce dont témoigne une étude que le Crédoc vient de publier, et qui montre que les arguments avancés par la Droite pour stigmatiser les bénéficiaires des minima sociaux sont de plus en plus partagés par les Français.

L'étude, menée par le Crédoc, et intitulée En 2014, le soutien à l'État-Providence vacille, révèle, étrangement, que les préjugés, contre les minima sociaux et leurs bénéficiaires, ont connu un essor important précisément à partir du moment où Nicolas Sarkozy a accédé aux plus hautes responsabilités nationales, et où la guerre contre la fraude et les fraudeurs a été déclarée. Toutes les caricatures et tous les archétypes véhiculés dans ces préjugés sont aujourd'hui majoritairement partagés.


Les pauvres ne font aucun efforts...

Inquiétant quand on réalise que ce sont les idéaux d'égalité et de solidarité constitutifs de la République Française qui menacent de disparaître. Si auparavant les Français se montraient compatissants à l'égard des plus démunis, cette vertu cède maintenant le pas à la jalousie voire à la colère. En 2014, 64 % des français pensent que, s'ils le voulaient vraiment, les chômeurs pourraient retrouver un emploi. 44 % pensent que le gain de minima sociaux déresponsabilisent ceux qui en bénéficient. Et 37 % croient que les pauvres ne font aucun efforts pour sortir de la pauvreté.

Ces opinions se répercutent sur la vision politique d'une majorité de nos concitoyens. Ils sont nombreux à penser que les pouvoirs publics font trop pour les démunis, que le RSA conforte les sans-emplois dans leur inactivité (54%), et une très grande majorité (76%) pensent qu'il est plus aisé de toucher les minima sociaux que de travailler. En tout état de cause, 63 % pensent que les aides sociales sont largement suffisantes, et qu'il ne convient pas de les augmenter.

 

Ceux qui n'ont rien sont responsables de la situation de ceux qui ont moins

Pour justifier leurs opinions, les Français critiques de notre modèle social avancent que les caisses de l'État sont vides à un point que la générosité devient impossible. Ils pensent aussi que tous les efforts consentis dans le domaine social sont sans effets véritables. En conséquence de quoi, l'idée prépondérante est : que chacun se débrouille tout seul ! Un nombre croissant pensent aussi que seuls ceux qui cotisent devraient avoir droit à une couverture sociale. Beaucoup  (78%) pensent aussi qu'il faut aider en nature plutot qu'au niveau monétaire.

Le Crédoc explique ces revirements d'opinions par une dégradation du pouvoir d'achat des classes moyennes, notament en raison d'une explosion des « dépenses contraintes » (loyers, charges...), qui confronte ces salariés à des difficultés qui leurs rappellent précisément celles de ceux qui ne travaillent pas. Le rejet progressif de l'idée de participation sociale touche même l'opinion concernant la taxation des plus riches, puisque si 71 % des français étaient favorable à la redistribution des richesses en 2012, ils ne sont plus que 55 % à y être favorable en 2014.
Un parfum de nihilisme donc, concernant les valeurs sociales en France, qui doit faire remarquer qu'une adaptation mal régulée de nos idéaux de solidarité aux problèmes concrets et quotidiens des Français, ne doit pas compromettre ces idéaux quand à leurs valeurs intrinsèques. Et que le mot « solidarité » ne doit pas faire partie d'un vocabulaire obsolète.  

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