José Bové, - le paysan militant bien connu -, vient de publier un nouvel ouvrage fort intéressant, essentiellement centré sur l'Europe. En relatant ses propres expériences de député et en dénonçant les magouilles qui discréditent Bruxelles, José Bové conclut sur un véritable projet politique qui peut redonner espoir aux eurosceptiques.

José Bové est un combattant. Un combat qui évolue : « Cette fois, plus question d'arrachage ou de fauchage de champs de plantes génétiquement modifiées. A chaque lieu sa façon de lutter : on ne fauche pas au Parlement européen, on s'y bagarre sur les dossiers, argument contre argument, ligne à ligne, mot à mot... », écrit il en déambule de son ouvrage. Ce qui rend José Bové sympathique, et qui appelle aussi le respect, c'est que l'on comprend vite qu'il n'est pas là pour réussir sa carrière politique, pas plus que pour défendre quelque uns au détriment des autres. Non, José Bové œuvre pour le bien commun et milite bec et ongle en ce sens.

Exemplaire, entre autres, son combat dans « l'affaire Dalli », qu'il expose tout au long du chapitre deux. John Dalli était un responsable européen, démis de ses fonctions sur un faux témoignage orchestré par des lobbys du tabac, qui tentaient d'écarter un décideur européen n'allant pas dans le sens de leurs intérêts économiques. Cette affaire, qui fit du bruit à l'époque, avait été révélée par l'ancien syndicaliste paysan, qui en avait profité pour déjouer tous les mécanismes politiques et administratifs ayant permis le coup bas. En découvrant les tenants et les aboutissants de l'affaire, on prend conscience de la complexité des structures européennes et du fait qu'elles œuvrent aussi sous la pression de gigantesques lobbies financiers, qui n'hésitent pas à corrompre les dirigeants ou à « faire tomber » ceux qui les dérangent. On réalise également que certains hauts dirigeants européens sont complices, eux aussi par intérêts, des lobbies. Ainsi dans l'affaire Dalli, certains hauts fonctionnaires savaient tout de la magouille.

José Bové dénonce des manipulations qui peuvent aller jusqu'à susciter la colère du lecteur. Dans le chapitre sur les OGM, on est par exemple effaré d'apprendre certains « conflits d'intérêts » : des gens ayant des intérêts économiques directs dans des sociétés investies dans la production d'OGM, sont également responsables à l'Union Européenne, précisément dans les comissions de santé chargées d'évaluer la dangerosité des pratiques bio-technologiques !

José Bové propose donc de sortir l'Union Européenne de son fonctionnement actuel avec un travail, essentiellement, sur deux paramètres : la transparence et le fonctionnement démocratique. Tous les débats et toutes les décisions devraient selon lui être rendues publiques et ne plus se tenir dans le secret des commissions qui abritent conflits d'intérêts et autres irrégularités flagrantes.

Du point de vue du fonctionnement démocratique, José Bové estime que nos dirigeants devraient être mandatés par le parlement pour aller débattre et décider à Bruxelles. On saurait ainsi ce qui a été démocratiquement choisi, et on saurait ce que la France défend en Europe. En outre, on aurait accès à l'information concernant qui défend quoi dans notre pays. Et là aussi on gagnerait en transparence. Enfin, concernant l'éléction des dirigeants européens, José Bové suggère que le président de la commission européenne soit élu par les citoyens européens, démocratiquement et sur un programme, ce qui permettrait à l'Europe d'avoir une feuille de route claire pour chacun, laquelle ne se laisserait plus conduire par les intérêts des lobbies mais bien par l'intérêt général.

Ce livre - Hold-Up à Bruxelles -, de José Bové, est donc aussi dynamique que pertinent. Là où le marasme et la morosité accompagnent des thèses fatalistes sur la politique à échelle européenne et mondiale, José Bové montre que rien n'est définitivement joué, qu'il suffit d'un peu de courage pour comprendre les problèmes, les affronter, et proposer une Europe meilleure, plus juste, plus démocratique, bref, conforme à ses idéaux fondateurs. L'Europe se fait, l'Europe se construit, et la situation actuelle ne doit pas conduire à jeter le bébé avec l'eau du bain. Au contraire l'avenir lui est pleinement ouvert.

 
jose boveJosé Bové : Hold-up à Bruxelles – Les lobbies au cœur de l'Europe
La Découverte – 2014 – 17 Euros

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