Retour
à nos reportages
Grève de la fin ?
Par Marie Guyard - avril 2007
Jeudi 29 mars, les salariés
de l’ANPE étaient en grève ; ça a fait
le tour des médias, et pour cause : 50 % de grévistes
(une des plus fortes mobilisations connues à l’Agence),
269 agences locales qui sont restées fermées.
Et pourtant, ce qui surprend le plus ce jour-là, ce qui fait
vraiment événement, comme on dit, ce sont les commentaires
que cette grève a suscité, tant sur les forums Internet
que dans les micro-trottoirs des journaux télévisés.
On peut comprendre l’énervement à chaud du chômeur
qui s’est déplacé ce matin-là et se heurte
à l’imperméabilité de la porte close
de son agence locale. On peut comprendre l’énervement
de celui qui a été radié par erreur. On peut
comprendre également que l’ANPE cristallise les frustrations
de ceux qui cherchent du travail. Les conseillers ANPE sont en première
ligne, ils sont les porteurs de bonnes et de mauvaises nouvelles.
L’ANPE, comme toute institution, mériterait un sérieux
dépoussiérage et de nombreux ajustements.
Mais pourtant, le problème ce n’est pas l’ANPE,
le problème c’est le chômage et le marché
de l’emploi. L’ANPE ne fait que relayer ces problèmes
là. Les entreprises qui restructurent, délocalisent,
les conseillers ANPE n’y peuvent rien. La logique de radiation
sauvage, ce n’est pas eux qui la décident, mais le
gouvernement. Le même gouvernement justement qui, aujourd’hui,
sous prétexte de manque de résultats, menace de privatiser,
ou plutôt d’externaliser (c’est comme ça
qu’on dit aujourd’hui) la recherche d’emploi.
C’est le serpent qui se mord la queue, ou plutôt une
stratégie qui réussit à tous les coups : je
te prive de moyens, je t’oblige à radier le plus possible
pour rendre mon bilan positif, je laisse mariner un peu… Et
puis j’arrive, avec une logique bien huilée de privatisation,
en t’accusant de ne pas faire ton travail, en disant que tu
es une institution dépassée. C’est simpliste,
mais ça marche. Tout ça pour que des cabinets privés
se jettent sur un marché juteux (et en devenir !).
C’est simpliste, ça marche… mais c’est
moche.
|