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Et la lutte contre la précarité ?
Par Marie Guyard - juillet 2007

Ça y est, c’est lancé : la nouvelle loi en faveur du Travail, de l’Emploi et du Pouvoir d’Achat (dite loi TEPA) met en place l’expérimentation du Revenu de Solidarité Active (RSA), censé substituer à terme le RMI. Les RMIstes se retrouvent donc sous les feux des projecteurs, et rares sont les médias qui ne dissertent pas sur la fameuse trappe à inactivité, qui fait que « rester » au RMI est plus avantageux que de travailler. Et après tout, pourquoi pas ? Sur le papier, on ne peut qu’être d’accord avec les objectifs affichés de la mesure :
- diminuer par trois le nombre de pauvres d’ici à 10 ans : évidemment, on ne peut qu’approuver la mise en place, enfin, d’un objectif clair et chiffré ;
- faire que la reprise d’un emploi ne s’accompagne plus d’une perte de revenus : il était bien sûr injuste que la reprise d’activité ne s’accompagne pas d’une augmentation des ressources ;
- le regroupement à terme de tout le système d’allocation (familiales, logement, aide au transport, aide au paiement des factures d’électricité et téléphone, voire même CMU) sous une même allocation, pour simplifier les démarches et réduire le nombre d’interlocuteurs : pourquoi pas, si ça peut éviter de courir la ville et de se rendre dans dix organismes différents ;

Mais le RSA, au départ, était prévu pour s’inscrire dans un plan plus général, plus ambitieux de lutte contre le temps partiel contraint, le travail précaire et discontinu, dans une politique de l’emploi dynamisée et sécurisée (d’après rapport que Martin HIRSCH, ancien président d’Emmaüs et actuel Haut-commissaire aux solidarités actives a rendu en 2005). Et ça, on n’en parle plus. Or comme le dit l’économiste Jean Gadrey, dans Le Monde du 23 juillet dernier : « Soit nous voulons réduire le nombre de petits boulots qui ne permettent pas de sortir de la pauvreté, soit nous décidons seulement d’accompagner leur expansion si nous la jugeons incontournable, par exemple avec le RSA ». En omettant de parler de précarité dans la loi TEPA, il semble que le gouvernement confirme qu’il n’entend pas lutter contre la précarisation du monde du travail. Parce qu’après tout, ce qui serait le plus efficace pour lutter contre cette trappe à inactivité, ce serait quand même que le RMIste qui retrouve du boulot retrouve un temps plein, en CDI, et pas quelques heures en CDD.
Mais on dirait que le gouvernement considère aujourd’hui que la précarité ne vaut même plus la peine qu’on lutte contre elle. Position qu’on pourrait après tout rapprocher de cette citation de Laurence Parisot, présidente du Medef et des patrons français : « La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ». Au delà du rapprochement douteux entre l’amour ou la vie et le travail (que les RMIstes et autres travailleurs précaires apprécieront), on pourrait répondre à Mme Parisot, que l’objectif de la société, telle qu’elle est mise en place en France, est justement de mettre en place des lois qui protègent l’individu contre les lois naturelles, et pas s’enrichir sur le concept de l’homme qui est un loup pour l’homme. Il est dommage que le gouvernement s’en souvienne si peu…

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