Hadopi : touché-coulé !

De nos jours, tout le monde (ou presque) télécharge. Le développement de l’Internet haut-débit depuis une dizaine d’années et les offres plus qu’alléchantes des fournisseurs d’accès ont nettement favorisé l’acquisition rapide, gratuite (et illégale ?) de produits culturels. Sommes-nous tous des pirates en puissance ?

 

C’est le 31 décembre 2009 qu’a été officiellement créée la haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi). Autorité publique indépendante, mise en place par la loi  » Création et Internet « , elle est composée de deux structures parallèles : un collège de neuf membres et une commission de protection des droits qui comprend trois magistrats. Sa principale mission est de lutter contre le téléchargement illégal de musique, de films ou bien encore de séries télévisées sur le web. La méthode utilisée est celle de privilégier la prévention à la sanction. Quand un internaute (ce fameux  » pirate « ) se fait attraper par la patrouille, il reçoit tout d’abord un avertissement par mail. Si dans les six mois qui suivent, ce petit chenapan continue de piller sans vergogne, par exemple le fabuleux répertoire d’un Johnny Hallyday, il recevra un courrier d’avertissement sous forme de lettre recommandée. Enfin, si ce Al Capone du net, ce Jacques Mesrine de la toile poursuit ses exactions, le sergent Hadopi – aiguisé et tenace comme Louis de Funès dans Le Gendarme de Saint Tropez – peut lui couper sa connexion Internet pendant un an et lui infliger une amende de 1 500 euros.

Ce joujou vaguement répressif, mais bien rétrograde et tendancieux, a tout de même un budget de fonctionnement de douze millions d’euros par an. Rétrograde, car de toute façon cette loi arrive beaucoup trop tard. Le téléchargement illégal est un phénomène beaucoup trop répandu pour qu’Hadopi puisse changer quelque chose.

C’est une bataille perdue d’avance. Tendancieux, car cette surveillance exercée sur l’ensemble des ordinateurs des Français pose le problème du respect de la vie privée et des informations personnelles. Une faille dans la loi que les associations de défense des consommateurs sont prêtes à exploiter à la première occasion. Néanmoins, si Hadopi est certes une commission gouvernementale de plus qui n’a pas une grande utilité, il ne faudrait pas occulter la question de la gratuité de la culture sur Internet. Selon un sondage réalisé le 4 novembre dernier par BVAOrange pour les Rencontres internationales de la culture, de l’économie et des médias à Avignon, 74 % des Français reconnaissent que les nouvelles technologies ont favorisé  » de manière importante leur accès à la culture « , mais la moitié environ des personnes interrogées (44 %) affirment n’être prêtes à payer pour  » aucun contenu culturel sur Internet « . Et une majorité d’entre elles (60 %) estiment que c’est à l’État de financer et de rétribuer les productions musicales, cinématographiques et télévisuelles. Un État qui préfère pour l’instant débourser près de douze millions par année pour une haute autorité à l’efficacité incertaine et à la limite de la légalité.

 

 

 

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