En tête-à-tête avec l’art

Banquet pictural à la fondation Glénat. Nous sommes invités à une dégustation de l’art des peintres flamands et hollandais du XVIIe siècle et des dessinateurs de BD d’aujourd’hui, qui ont affûtés leurs pinceaux pour dresser une soixantaine de tables.

À l’origine, manger est un besoin, une nécessité vitale. Mais l’Homme, animal social, a fait des repas un temps à forte portée symbolique. Le casse-croûte se partage entre copains – du latin cum panis, « celui qui mange son pain avec » – tandis que le dîner en amoureux affiche sa dimension sentimentale. De même, le choix du menu n’a rien d’anodin : snobs, équitables, pratiques, économes… les plats ne sont pas neutres et en disent long sur celui qui les mange.

Raconter des histoires sans en avoir l’air

Ces sens plus ou moins cachés n’ont rien de nouveau et formaient déjà au XVIIe siècle un langage, subtil et parfois même hermétique aux non-initiés : un bonheur pour les peintres qui pouvaient ainsi truffer leurs œuvres de plusieurs degrés de lecture. Derrière une forme banale se cachaient, pour qui savait les interpréter, des références et des messages bien moins anodins voire subversifs.

Pour nous limiter à un seul exemple, citons le cygne : cet animal était le privilège des princes et autres nobles puissants. Le représenter était donc une façon de souligner le haut statut du maître des lieux chez qui le tableau était affiché… ou une insulte, une manière de tourner en dérision ses prétentions s’il n’avait pas le rang social qui lui aurait autorisé un tel plat.

Les non-historiens de l’art seront heureux d’apprendre que ces codes sont livrés à l’entrée de l’exposition, permettant ainsi à ces natures mortes, ou « vies tranquilles » comme on les nomme en flamand, de perdre leur apparence statique pour devenir des saynètes dotées d’une ébauche de scénario. De véritables ancêtres de la bande dessinée…

L’art de bien s’entourer à table

Ce temps d’échange vaut d’autant plus quand il est partagé entre convives – dont découle la si appréciée convivialité. Au-delà des symboles, le repas est l’occasion de se retrouver et d’allier le plaisir du palais – ainsi que celui, plus prosaïque, d’un estomac bien rempli – au plaisir de la compagnie d’autrui.

Toutes ces personnes attablées sont autant d’acteurs sur la scène qu’est la salle à manger pour les dessinateurs de BD. Le neuvième art est riche en situation de table qui furent l’occasion d’événements mémorables, depuis les banquets qui clôturent traditionnellement les aventures d’Astérix aux saloons où Lucky Luke dégaine et tire avant que son verre de whisky ne retombe, pour ne citer que deux exemples classiques.

C’est donc avec entrain que les dessinateurs sollicités par Glénat se sont attelés à nous livrer leur propre vision de l’hospitalité et du repas, de l’absurdement drôle Salon de la sardine de Guillaume Long au morbide mais sensuel Spaghetti Gnahaam de Tanino Liberatore… et bien d’autres encore.

Parce qu’elle constitue un point de passage inévitable de notre vie quotidienne et que nous y avons investi tant de sens et de temps, la table et ceux avec qui nous la partageons demeureront un sujet inépuisable pour les artistes de toutes les époques.

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Gibier, étain et orfèvrerie par Cornelis Cruys

Couvent Sainte-Cécile, 37, rue Servan, 38000 Grenoble

« Tables et festins. L’hospitalité dans la peinture flamande et hollandaise et la bande dessinée. »

Du mardi au samedi de 9H00 à 13H00 et de 13H30 à 19H00

6 €, gratuit pour les moins de treize ans

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