Travail et handicap, un couple possible ?

« Passer d’un regard qui dévisage à un regard qui envisage » Jean Cocteau

Depuis quelques temps, dans l’actualité grenobloise il est régulièrement question du handicap.
En mai, on assistait à l’inauguration de la Maison départementale de l’autonomie, à la même période, la question du handicap faisait son entrée dans la cour du musée de l’Ancien Evêché par le biais de l’exposition La Vie autrement. Désir de jeunes handicapés. Par ailleurs, à travers plusieurs conférences, la thématique du handicap a été abordée sous les angles du travail, de l’accessibilité ou de la visibilité.
Au-delà de la difficulté qu’il y a de tenter de définir le handicap, cette question est prenante par l’amplitude des aspects qu’elle touche et la quantité de questions qu’elle soulève.
Pour essayer de comprendre une chose, la première étape nécessaire est de la définir, la circonscrire. En 2005, une loi a été créée pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées.

Article L. 114 du Code de l’action sociale et des familles.
« Constitue un handicap, toute limitation d’activité ou restriction e participation à la vie en société subie dans son environnement ar une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. »


Cette définition est essentielle. En apportant une définition au handicap, on lui donne une reconnaissance. La loi met l’accent sur les conséquences du handicap et insiste sur l’environnement social et professionnel dans lequel évolue la personne handicapée. Dans le contexte professionnel, le handicap soulève des questions importantes tant du côté des employeurs que des travailleurs handicapés. Même si l’enjeu majeur est de faire valoir ses compétences, pour le travailleur handicapé le type de difficultés rencontrées va de pair avec la multiplicité des types de handicaps. Une personne porteuse d’un handicap sensoriel ne rencontrera pas les mêmes obstacles qu’un handicapé moteur dans son accès au monde du travail. Par exemple, l’accessibilité et l’aménagement du poste de travail figurent en tête des difficultés. Depuis janvier 2005, la loi oblige les entreprises de plus de 20 salariés à employer un quota d’au moins 6 % de son effectif de travailleurs porteurs de handicap.

Pour une entreprise, intégrer un travailleur handicapé en son sein implique des efforts ; au gré du type de handicap, l’ergonomie du poste de travail doit être pensée, ainsi que le temps de travail. Mais ce sont aussi des peurs ou des appréhensions qui doivent également être dépassées. Dans le cas d’un travailleur sourd ou malentendant, l’équipe de travail va ressentir de l’appréhension face aux difficultés de communication induites par le handicap plus qu’au handicap en lui-même.Dans cette optique, l’URAPEDA, qui est un organisme dont l’objectif est de faciliter l’insertion des personnes sourdes ou malentendantes, va préparer l’entreprise accueillante en amont pour faire face aux difficultés de la communication non-verbale et trouver des solutions ad hoc.
Magaly Deschamp , interface de communication à l’URAPEDA, souligne le fait que « les membres de l’entreprise doivent apprendre à penser avec leurs yeux et non plus avec leurs oreilles ». Ce type de démarche n’est pas isolé, par exemple, un référent handicap chargé de l’accompagnement au recrutement à la SAMSE, comme dans d’autres entreprises.Par ailleurs,pour le travailleur handicapé, l’important en se présentant à une entreprise est de mettre en avant ses compétences et non pas de se censurer avec son handicap. La diversité des situations que le monde du travail met en relief permet de souligner le fait que le handicap se décline de plusieurs façons et qu’il peut être visible, constatable au premier coup d’oeil, ou invisible comme l’est la surdité.

Le handicap de la surdité s’inscrit dans une culture qui a ses caractéristiques propres et que l’on oppose à la culture entendante. La surdité est un handicap de la communication qui ne se voit pas. Nombre de sourds se regroupent en une minorité linguistique et culturelle qui a sa vie propre et sa langue, la langue des signes. A l’intérieur de ce handicap, il y a des diversités de situations. Certaines personnes sont sourdes de naissance. Pour elles, le français est en quelque sorte une langue étrangère. En revanche, les personnes qui sont devenues lourdes possèdent la culture de la langue. Une des possibilités de communication des sourds est la langue des signes française (LSF). Michel Roussy de l’URAPEDA explique que la LSF est une langue iconographique, qui se construit à partir d’images. Par exemple, pour parler de « cheval », le signe stylise la forme des oreilles de l’animal. Du handicap invisible qu’illustre la surdité vers la visibilité, il n’y a qu’un pas à franchir au risque de tomber de l’autre côté du miroir. En effet, à l’instar d’autres minorités, un réel désir de visibilité du handicap émerge.

 

 

L’ambition d’être visible, de se représenter recouvre plusieurs besoins de la part d’une minorité. Le premier qui vient à l’esprit serait la nécessité de reconnaissance au sein d’une société dite majoritaire. Selon Gwenaëlle Calves, spécialiste du droit public des minorités, « représenter c’est incarner, être là ». L’exposition photographique « La Vie autrement. Désir de métier de jeunes handicapés » nous donne à voir le handicap. Ces images montrent de jeunes handicapés dans l’attitude du métier qu’ils souhaiteraient exercer. Leurs visages sont offerts à notre regard. Ces jeunes gens ont en commun avec tous les enfants de la terre des désirs et des inquiétudes concernant leur futur malgré leur différence, une différence qui ne doit pas pour autant être niée. La maman de Marine , une jeune fille qui souhaite être agricultrice, a toujours fait en sorte qu’elle ait conscience de sa différence. Le désir d’une personne handicapée devient en quelque sorte le sujet d’une création artistique.

L’exposition photographique, au-delà de ses qualités artistiques, est bouleversante. Elle montre combien les questions de l’image et de la représentation sont cruciales.Mais, malgré le support d’une thématique forte,on s’aperçoit que le questionnement du « représenter quoi et pourquoi ? » reste difficile.

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