Interview de Simone Gonçalves, psychologue
Simone Gonçalves, psychologue clinicienne et psychanalyste à Grenoble, reçoit des patients dans le cadre du dispositif Mon soutien psy. Elle nous livre ici son expérience du métier et nous explique comment elle aide ses patients à comprendre les causes de leur souffrance et trouver d’autres moyens de faire face aux difficultés psychologiques.
Ce dispositif s’adresse à des personnes adultes et à des enfants ou adolescents connaissant des troubles psychologiques légers à modérés. Les séances se déroulent avec un psychologue conventionné et sont remboursées par la sécurité sociale. Il rend ainsi l’accompagnement psychologique accessible à des publics concernés par une forme de précarité financière.
Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel ?
« Je suis titulaire d’un master de psychologie clinique, formée à la psychopathologie et j’ai aussi réalisé une thèse de psychanalyse. J’ai étudié les paranoïas, exercé en tant que chercheuse sur le concept de violence et travaillé sur la prévention des violences au Brésil. J’y ai exercé dans un cabinet privé de psychologue pendant plus de vingt ans et en tant que professeur de psychologie à l’université.
Je suis arrivée en France en 2018. Une fois établie à Grenoble, j’ai suivi une deuxième année de master, où j’ai étudié la violence dans la littérature et dans l’art. Après la crise sanitaire, j’ai lancé mon activité de psychologue libérale. »
Quelle est votre méthode en tant que psychologue ?
« Avec le dispositif Mon soutien psy, je propose un suivi plus lié à la psychologie qu’à la psychanalyse.
Mes expériences de vie m’ont fait découvrir la diversité sous toutes ses formes ; j’ai énormément voyagé, échangé et étudié de multiples courants de pensée. Grâce à cela, j’ai mis en place un projet de 12 séances préliminaires visant à clarifier avec le patient les raisons de son mal-être.
Elles tendent à atteindre la problématique à l’origine de cette souffrance. Mais pour ce qui est de la traiter, c’est autre chose, cela nécessite du temps. J’accueille les personnes pendant ces séances semi-guidées en les invitant à visiter leur vie avec un peu de recul. C’est à partir de reformulations d’un discours intérieur, en revisitant un moment douloureux, que nous pouvons réinscrire dans la mémoire psychique quelque chose de nouveau.
Par exemple : une personne qui a eu un diagnostic dur concernant sa propre mort prochaine (des suites d’une maladie grave) pourrait avoir comme première réaction de refuser la mort, et vivre ses derniers temps « comme d’habitude ». Mais ce déni peut provoquer une souffrance encore plus intense. Donc le fait d’accepter que la mort est proche et s’autoriser à vivre ces derniers temps en conscience va permettre des choix : quelles actions vais-je accomplir ? »
Comment accompagnez-vous les personnes dans le cadre de Mon Soutien psy ?
« Je propose à toutes les personnes qui ont demandé un suivi de participer aux 12 séances préliminaires, rendez-vous hebdomadaires d’une durée d’environ 45 minutes. À l’issue de ces séances, nous évaluons si une psychothérapie est nécessaire ou non. »
Qu’observez-vous chez les enfants et adolescents que vous suivez ?
« Certains enfants vivent des situations de harcèlement, ont été insultés et affublés d’une étiquette dégradante. D’autres ont vécu des traumatismes ou des situations familiales et scolaires difficiles. Comment peuvent-ils s’en détacher ? Le rôle des séances est important dans ces situations.
Quant aux pré-adolescents et adolescents, ils ressentent souvent une angoisse face à leur image (« je suis moche, les gens ne m’aiment pas »…). Aussi, le fait de bénéficier d’un lieu pour reconstruire le récit et affronter qui ils sont, la façon dont leur image les représente et comment être serein avec tout ce qui les constitue, est primordial pour eux afin de tenir leur position face au groupe. C’est préférable au fait de construire un lien avec la drogue ou autre chose de dur. »
Pour quelles raisons vos patients adultes viennent-ils en consultation ?
« Les motifs de consultation sont variés. Nous avons une demande importante concernant la souffrance au travail aujourd’hui, et particulièrement par rapport à des burn-out, dépressions, insomnies : les gens viennent exprimer leur mal-être, se remettre en question et comprendre ce qu’il s’est passé. Ces actions sont d’une aide précieuse pour reprendre ensuite leur travail d’une façon plus légère.
À côté de cela, j’accueille souvent des femmes très angoissées par rapport à l’utilisation que font leurs adolescents des sites internet ou au harcèlement sur les réseaux sociaux. Quel est le seuil de tolérance ou la limite dépassée par rapport à ce qu’ils doivent connaître de la sexualité à leur âge ?
Une autre thématique concerne de nombreuses femmes aujourd’hui : la question de la place d’un enfant dans leur vie, ou encore comment conjuguer leur vie professionnelle et le projet d’avoir des enfants ? Comme cette jeune ingénieure ayant fini ses études à 26 ans qui envisage d’avoir un enfant quand sa carrière sera plus stable, dans une dizaine d’années. Or, c’est le moment où le taux de fertilité baisse chez les femmes, ce qui la place dans une situation anxiogène.
Je reçois aussi des femmes qui ont perdu un bébé avant le terme de la grossesse, ou qui ont dû avorter et portent un deuil invisible, mais qui a un impact sur leur vie. J’ai également suivi plusieurs femmes victimes de violence conjugale. Cela questionne la place de la femme, l’amour, le manque de sécurité si elles envisagent de quitter le domicile conjugal ou la protection des enfants…
Il est certain que pour toutes ces femmes, le fait de bénéficier d’un espace pour exprimer leur vécu et leurs ressentis et examiner leur situation avec un peu de distance est très important. Le dispositif a un rôle social assez crucial et les personnes qui veulent continuer par la suite s’en donnent les moyens.
J’ai aussi accompagné des personnes qui ne pouvaient remettre en cause une décision prise, comme un avortement par exemple. Elles pouvaient affirmer que c’était la meilleure chose à faire, mais la culpabilité, l’angoisse étant là, il leur fallait déposer cela quelque part. »
Sinon, d’une manière générale, aujourd’hui les phobies sont courantes, ainsi qu’une forme d’anxiété généralisée. L’anxiété est un phénomène contemporain. Mais je pense que la grande évolution, c’est que la souffrance psychique, autrefois discriminée, bénéficie aujourd’hui d’une forme de reconnaissance de son existence et du fait qu’il faut y accéder pour pouvoir avancer. Si la personne parvient à y faire face et que la souffrance n’est pas trop grande, sa vie est potentiellement plus douce.
Quels sont les effets de la psychothérapie sur les patients ?
« Je pense que les séances proposent une voie intéressante : au lieu de s’adresser à la société, de considérer que c’est la faute d’autrui et de se déresponsabiliser, la question se pose en ces termes : que puis-je faire de moi-même, de ma souffrance et comment me sentir mieux malgré la douleur ?
Prenons l’exemple d’une femme que je suis depuis quelques années et qui ne se souvient plus avoir connu une phase de boulimie. En revisitant son histoire avec recul, elle a pu observer que les événements qui lui avaient causé de la souffrance et étaient à l’origine de ces comportements alimentaires n’étaient pas si graves que cela. Ils ont été reconfigurés petit à petit dans ses propres représentations à partir de ce pas de côté.
L’image d’un voile sur le visage représente bien cela : il empêche de voir. Mais dès qu’il est retiré, la vision devient plus claire. En d’autres termes, l’émotion brouille notre interprétation de nous-mêmes et peu à peu, cette approche apporte plus de discernement. Elle présente l’avantage d’amener de l’assurance et permet d’adopter une position.
En général, le travail accompli avec les patients leur apporte une réduction de l’angoisse. Le sujet se remet en question au fur et à mesure, et se crée des outils pour mieux vivre, en apportant des solutions aux situations génératrices de souffrances psychiques.
J’ai accompagné des patients qui vivaient une forme d’anxiété généralisée. Cela peut se traduire par des types de claustrophobie relatifs à une pièce fermée, une situation d’embouteillage ou à des transports en commun… Dans ces cas de figure, j’ai développé avec eux des outils adaptés leur permettant d’y faire face. Et aussi, lorsque la personne prend conscience du fait que l’angoisse est un phénomène d’ordre psychique et qu’en réalité la situation ne présente pas de danger, cela lui apporte de l’apaisement.
Ces outils aident à se sentir mieux, à donner un nouveau sens au symptôme et amènent de la confiance en soi. En plus de cela, il s’agit d’identifier d’où il vient. Parfois, ce sont des répétitions de situations vécues dans l’enfance, de manière presque automatique.
En réduisant la souffrance psychique, les gens parviennent à vivre de manière plus qualitative. Tout le monde pleure un jour, mais si cela arrive tous les jours, c’est dur. En psychanalyse, on parle de faire la paix avec le symptôme, de « vivre avec » d’une meilleure façon.
J’ai par ailleurs rencontré des personnes qui ont souffert d’abus sexuel. En général, elles ont honte d’en parler. Au-delà d’un accompagnement sur le plan médical, un lieu pour accueillir et soigner les douleurs psychiques est nécessaire. »
Vous accompagnez des personnes qui ont vécu des traumatismes. Est-ce que les consultations peuvent leur être bénéfiques ?
Les traumatismes peuvent marquer la vie d’une personne sur plusieurs années, mais ils ne représentent pas qui elle est dans son entièreté. Elle apprend à faire face à la blessure psychique, à la soigner et à vivre avec les cicatrices. Mon travail consiste à l’aider à réveiller les autres parties qui la constituent en tant que sujet. Il s’agit de soigner en reconnaissant la souffrance et en la réduisant, permettant ainsi à la personne d’exister malgré la douleur et de se créer de meilleures conditions de vie. Une personne n’est pas que la maladie ou la douleur, elle est bien plus que cela.
INFOS PRATIQUES
- Pour en savoir plus sur le dispositif Mon soutien psy
Les propositions d’accueil et les critères pour bénéficier de ce dispositif sont disponibles sur le site d’Ameli et de Service public.
Voici la liste des psychologues travaillant dans le cadre du dispositif Mon soutien psy, sachant que la difficulté posée par le dispositif réside dans la forte demande à laquelle les professionnels ne parviennent pas toujours à répondre.
- Pour en connaître davantage sur le travail de Simone Gonçalves
Vous pouvez visiter son site ou la contacter par mail : simonegoncalvesbh@gmail.com
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Nous remercions Simone Gonçalves pour son accueil chaleureux lors de cette interview.




