À l’occasion de la Semaine des Géants, organisée par la Maison des Habitant·es Les Baladins, le collectif Les Petits Papiers a présenté, le 27 mai dernier, le livre Les Petits Papiers, Récit d’une résistance collective face aux violences administratives. Un ouvrage qui retrace plus de dix années d’engagement contre les difficultés et les souffrances liées aux démarches administratives.
Des post-it qui collent jusqu’au collectif qui soude
L’histoire des Petits Papiers débute autour de témoignages recueillis par Fouzia Boulacel, alors écrivaine publique à la Maison des Habitant·es Les Baladins, dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble. Face aux difficultés rencontrées par de nombreuses personnes dans leurs démarches administratives, elle commence à noter leurs paroles sur des post-it.
Peu à peu, ces témoignages deviennent la matière d’un groupe de parole. En 2015, le collectif prend forme et se structure alors autour d’un double enjeu : permettre aux personnes de ne plus affronter seules les démarches administratives et interpeller les institutions afin de faire évoluer leurs pratiques. Dès la création du groupe, « l’objectif était de sortir de l’isolement face aux papiers », explique Phanny, membre des Petits Papiers. « De dénoncer la complexité et la longueur des démarches administratives, ainsi que le langage administratif et la violence de certains mots et courriers. Et surtout de s’entraider. »
Des créations pour faire parler la souffrance et interpeller les administrations
Au fil des années, les témoignages recueillis donnent naissance à plusieurs formes de création. En 2017, une exposition intitulée Les papiers casse-tête voit le jour : les membres du collectif y exposent des phrases et des mots extraits de courriers administratifs qui les ont marqués ou blessés.
Par la suite, le groupe développe des saynètes à partir des témoignages et prend goût au jeu théâtral. Ces créations aboutissent à une exposition-spectacle tournée vers la critique du fonctionnement des institutions dans le but de les faire évoluer. Des représentations ont eu lieu auprès de différents publics et administrations : l’école des métiers du social Ocellia, Sciences Po, le Département de l’Ardèche ou encore des mairies.


Les kakémonos de l’exposition « Les papiers casse-tête »
Certaines actions semblent avoir porté leurs fruits : les membres évoquent notamment un courrier reçu du Département de l’Ardèche à la suite d’une représentation. Dans cette lettre, le Département indiquait vouloir retravailler ses modèles de courriers administratifs. « On s’est fait connaître et je pense qu’il y a peut-être un petit pas en avant, mais il y a encore beaucoup de choses à faire bouger », témoigne Sarah. Plusieurs membres regrettent, par exemple, le manque de dialogue avec certaines administrations, notamment la CAF, l’Assurance Maladie ou les services des impôts, qu’ils avaient interpellées, mais leurs sollicitations sont restées lettre morte.
Les Petits Papiers ne baissent pas les bras pour autant et poursuivent leur odyssée créative. En 2023, le collectif prend part à des ateliers d’écriture et d’arts plastiques. Parmi les créations, la réécriture d’une lettre de relance pour loyers impayés adressée par un bailleur. Les Petits Papiers se sont emparés du sujet pour jouer avec les mots et déconstruire la lettre. Ainsi, Régis, l’un des membres, s’est amusé à réécrire cette lettre en 17 versions différentes : lettre d’amour, lettre menaçante et argotique, lettre poétique, lettre en verlan…
Des Petits Papiers à l’ouvrage
L’année 2026 marque une nouvelle étape avec la publication d’un livre consacré à l’histoire du collectif, intitulé Les Petits Papiers, Récit d’une résistance collective face aux violences administratives. L’ouvrage, d’une centaine de pages, a été conçu par la carnettiste-illustratrice Alice raconte et la graphiste-photographe Clémence Floris du studio Lichen.
Le processus de création s’est appuyé sur des ateliers collectifs, des entretiens individuels et un important travail de collecte d’archives conservées depuis les débuts du groupe afin de retisser son histoire. Le livre rassemble les témoignages de membres du collectif, des portraits photographiques décalés, des illustrations et des exemples de courriers administratifs. Des éclairages issus des travaux menés par le Secours Catholique et par des chercheurs de l’Observatoire du non-recours aux droits et services (Odenore) complètent l’ouvrage.
Plus concernées par les démarches administratives, les personnes en situation de pauvreté ou de précarité sont aussi celles qui peuvent rencontrer plus de difficultés pour les mener à bien.1
Pour accompagner les illustrations, Alice s’est appuyée sur la technique du collage, ainsi qu’elle le rapporte : « Tous les motifs bleus, bleutés et grisés dans le livre, c’est l’intérieur d’enveloppes de sécurité teintées. Nous avons fait une petite collecte d’enveloppes administratives pour ce travail de collage. » Un clin d’œil aux courriers administratifs reçus par les membres des Petits Papiers…

Lors de la présentation de l’ouvrage, le public a été invité à témoigner sur la thématique suivante : « La démarche administrative la plus difficile pour vous ? Pourquoi ? »
Découvrir le livre
Consulter le livre au format papier
Le livre Les Petits Papiers, Récit d’une résistance collective face aux violences administratives est disponible gratuitement à la Maison des Habitant·es Les Baladins (31 place des Géants à Grenoble).
Il sera prochainement mis à disposition dans les autres Maisons des Habitant·es et dans les bibliothèques municipales de Grenoble.
Consulter le livre au format électronique
Le livre est également consultable en ligne.
- Alice raconte, Les Petits Papiers, Récit d’une résistance collective face aux violences administratives, 2026, p. 41. ↩︎




